Mercredi 4 septembre 3 04 /09 /Sep 22:28

Burzum est un extrémiste, un monstre, un démon même, mais voilà Burzum est aussi un génie.

 

On ne peut réhabiliter un homme aux crimes impardonnables. Electronic Diary condamne bien entendu les faits qui lui sont reprochés (invitation à la haine raciale, meurtre, incendies d'église...) Cependant le moment est venu pour nous de vous parler de cet enragé de la musique.  

 

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Suspecté de préparer un attentat de grande envergure, Varg Vikernes était il y a encore peu à la une de l'actualité française. Le norvégien était le coupable idéal. Un prétexte parfait pour notre ministre de l'intérieur d'occuper le terrain médiatique, et pour nos journalistes de manifester leur incroyable ignorance à l'égard d'une culture qu'ils ne connaissent et ne comprennent pas. Quoi de mieux pour vendre du papier que d'attiser les haines en défigurant une musique et en raillant mouvement ? La suffisance n'a pas de limite, la connerie non plus : «les cons çà osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît».

 

Épuisés par toutes sortes de conventions, nourris par la haine du christianisme, les enfants réprouvés de la sociale démocratie norvégienne fondèrent au début des années 80 un mouvement plus violent encore que le darkmetal : le black metal. Une musique sombre, extrême, dangereuse, mais terriblement innovante. Vikernes fait parti de ces pionniers, instigateurs d'un bouleversement dans le monde de la musique. Burzum est à la musique ce que Céline est à la littérature, un être infâme qui doit son salut uniquement à un talent extraordinaire.

 

La musique du norvégien va rapidement bousculer les dogmes de la scène. Burzum est à contre courant. Il privilégie la lenteur à la célérité, la profondeur à la grandiloquence néoclassique traditionnelle du métal. S'ensuit, une musique plus intense. Les riffs se font d'avantage minimalistes, le son plus brut. Un art tout en progression axé autour d'une harmonie simple qui s’enrichit continuellement de nappes successives de claviers et de guitares. Le chant du norvégien s'éloigne du protocole, il devient écorché, guttural, une sorte de vocifération, appel aux armes et incarnation de l'enfer. Comme si la haine devait lui survivre.

 

Mais le black métal c'est surtout une idéologie obscure et singulière car Burzum n’utilise pas la haine du Christ comme un simple argument de vente destiné à faire croire à des ados pré puberts qu'ils sont subversifs et donc trouver une excuse à leur non intégration. C'est toujours pathétique de vomir une société à laquelle on a renoncé. Les provocations à l'égard du christianisme de la scène métal ont désormais perdu de leur second degré, de leur magie. Elles sont devenues une philosophie malsaine, putride, qu'il faut appliquer pour réveiller une nation scandinave engourdi par des années de progressisme. Une revanche contre le christianisme accusé d'avoir miné le paganisme et la culture viking qui selon Vikernes aurait fait la grandeur de son peuple. Cette aversion sans nom pour la société moderne va lentement le transformer en démon et l'amener à l’inconcevable : brûler des églises, tuer Euronymous (guitariste de Mayhem), défendre Hitler... Mais pourtant c'est cette haine qui rend la musique de Burzum incomparable. Parce que cette haine est sincère et la musique doit la retranscrire avec toute la conviction et la fureur qu'elle génère. Un son brut inspiré par les ténèbres mais lumineux.

 

Jusqu'à ce que la lumière nous reprenne.

 

 

 

Par Electronic Diary - Publié dans : Divers
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Samedi 18 mai 6 18 /05 /Mai 20:11

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Genre : Techno

Sortie : Avril 2013

Label: Fabric

 

Sandwell District, légende de la Dub techno, reste avant tout l'union parfaite de deux monstres sacrés de l'univers : Regis et Function. Depuis 2002, ces deux artistes sont devenus les étendards du renouveau de la scène. Ils signent aujourd'hui leur dernière sortie avec la compilation Fabric 69. Une dernière merveille, ultime prodige pour nos oreilles, déclaration d'amour émérite pour une musique électronique glorifiée par ses deux vétérans.

 

 

Une compilation mixée de chez Fabric est toujours un prétexte légitime pour évoquer l'essence de l'exercice. Un mix c'est avant tout une histoire, avec son amorce, ses rebondissements et sa chute finale. Un récit qui s'écrit au présent en tirant parti d’éléments passés. Une fable qui se dévoile lentement, progressivement pour nous laisser en apprécier les détails. Une œuvre d'art a besoin de temps pour se laisser apprécier à sa juste valeur. Et c'est en respectant toutes ces règles que Sandwell District nous en dévoilera l'ardeur.

 

 

En suivant à la lettre le protocole, Fabric 69 devient un périple romanesque pour l'auditeur qui n'en ressortira que grandi. 10 copieuses minutes de longues et sereines plages d'electronica conditionnent dans un premier temps l'assistance. Spectacle indispensable, pour vous préparer à la scène macabre qui s’abattra inexorablement. Les kicks résonnent, les basses grondent, le paysage prend forme. La violence s’abat enfin. Sandwell District est à l'apogée de son art. L'art n'est pas nécessairement de traduire la beauté, mais quand une violence obscure devient véhémente on ne peux qu’éprouver, ici, une certaine forme de fascination. Une fascination qui devient aliénation, et qui pousse à la contemplation. La psychose guette. Les paysages macabres de Fabric 69 s’enchaînent et se superposent. Nul doute à l'horizon le répit n'est pas pour tout de suite. Il faut encore du courage pour affronter la suite.

 

 

L'ardeur de la musique atteint son paroxysme, Sandwell district ne peut que continuer à nous émerveiller. Et pourtant, tout voyage aussi hypnotique soit-il a une fin. Sandwell districk pose une dernière merveille avec le Voiceprint de Function. Le mix ce finit, sans ombre à son tableau. Des flashbacks surviendrons surement pour nous rappeler la violence de ce périple. Peut être sommes nous déjà en manque...

 

 

Réussite totale donc pour nos deux compères qui en s'associant une nouvelle fois sous le projet Sandwell District nous montrent que la techno n'a rien perdu de son éclat. À écouter de préférence la nuit, avec un volume élevé, pour profiter de la violence des kicks.

 

Kartela

 

Par Electronic Diary - Publié dans : Techno
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Mardi 30 avril 2 30 /04 /Avr 18:06

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Label: Decca

Date de sortie: février 2013

Genre: Classical/Modern Classical 

 

Avis au public d’Intouchable, cette chronique est pour toi, vil membre de la masse. Mais aussi pour les autres, ceux qui sont là pour la musique, car oui, Ludovico Einaudi produit bien de la musique et pas n’importe laquelle. Disciple de nombre de producteurs minimalistes qui ont su faire évoluer la musique vers des genres hybrides, égarés à mi-chemin entre expérimentations géniales et parfois fumisteries faussement abscondes, Ludovico Einaudi, lui est resté simple, ce qui lui a valu des critiques plus ou moins positives. Max Richter, Arvo Part, Philip Glass, John Cage, voir Olivier Messiaen : voilà une liste de noms qui fera frémir certains tandis qu'elle ne fera ni chaud ni froid à d’autres, mais dans laquelle l'italien aurait pu facilement s'inscrire. Seulement voilà, il a pris un chemin différent, plus « mainstream » qui lui empêchera peut-être de rester dans les mémoires des plus fiers d'entre nous. Mais si tel était le cas cela resterait foncièrement une injustice, tant cet homme au visage buriné par les années mérite cette postérité. Quoi que d’une certaine manière il l’a déjà, avec des dizaines de milliers de copies vendues dans le monde. Mais être reconnu par ses pairs, c’est une toute autre histoire. Peut-être que d’une certaine manière la première étape de la reconnaissance est le rejet. Allez savoir, personne ne peut savoir de quoi est fait le lendemain.

 

Après une poignée d’albums et de bandes originales déjà très diffusés, c’est surtout avec l’OST d’Intouchable que le producteur s’installera définitivement dans tous les disquaires de l’hexagone. Escroquerie pour certains ou succès mérité pour d’autres, Einaudi suscite des réactions pour le moins ambivalentes et son dernier album en date, In A Time Lapse, ne dérogera pas à la règle. Sorti cet hiver sur Decca, l'homme a composé cette nouvelle fresque à propos du temps dans un monastère aux alentours de Vérone, cloitré avec un orchestre rien que pour lui et avec l’aide d’un invité de marque, le violoniste Daniel Hope.

 

 

Voici donc un concept album, peu original au premier abord, si ce n’est que cette fois-ci l’artiste ne s’intéresse nullement à figer le temps, mais plutôt à le faire se souvenir. On dit communément qu’avant d’expirer, une personne voit défiler sa vie, ses échecs, ses réussites, voir même des souvenirs perdus ressurgissant une dernière fois. L’artiste a tenté de recréer tout cela, avec tout le lyrisme qu’on aurait pu attendre d’un italien. Après tout, ne dit-on pas que les méditerranéens ont l’art de mettre à nu leurs sentiments?  In A Time Lapse n’est pas seulement la continuation logique de sa carrière, il est comme un point d’orgue, d’une importance cruciale, un point final qui ne s’arrêtera que lorsque le composeur l’en aura décidé.

 

Et pour cela quoi de mieux que Corale comme entrée en scène avec les violoncelles et violons épanchant leurs longues notes nostalgiques d’un temps révolu. C’est lisse certes, mais déjà terriblement efficace. Une pointe de mélancolie émerge déjà de ces quelques notes enveloppées d’une légère couche électronique comme sur Time Lapse, ballade au piano épaulée par quelques légères incursions à la guitare. C’est incroyablement simple mais si efficace : c'est le minimalisme dans toute sa splendeur. Et cette intensité perdurera tout le long de l’album; est sans doute cela ce qui lui confère un tel degré d’attachement. On peut écouter cela d’une oreille distraite sans aucun problème. Mais la vraie surprise vient lorsqu’on écoute cela très attentivement avec un volume conséquent. Alors les envolées des instruments à cordes ne nous sembleront plus niaises mais magistrales, comme sur Life, Run. L’utilisation du Glockenspiel était légèrement attendue, mais n’efface en rien à la qualité des morceaux. Repris notamment sur Orbits ou Newton’s Cradle le véritable joyau électronique, c’est aussi le pilier expérimentale de cet œuvre. On savait Ludovico expert en sonorité mais un travail de cet acabit tiens plutôt de la précision d’un orfèvre ou d’un horloger.

 

On notera quelques temps mort cependant dans cet albums, légèrement sur Two Trees aux accents « Debusséen » (Clair De Lune en ligne de mire), mais surtout sur Discovery At Night, vraiment léger pour du minimalisme. C’est profond, cela vient du cœur, on le sent, mais un peu téléphoné. Quoi qu’il en soit ces moments fugaces nous rappellent bien que c’est un Homme avec une grand H qui a imaginé tout cela. En effet, la fin de l’album semble presque irréelle, l’enchainement Experience-Underwood-Burning est l’une des plus belles choses qui nous ait été donné d’entendre depuis longtemps. Elle est là, la transcendance que l’on attendait tant, elle arrive enfin et nous arrache du commun des mortels. Si vous n’avez pas été convaincu par Experience et son frêle tambourin sublime le morceau lorsqu’il entouré de la myriade de violons et du piano s’accordant à l’unisson, c'est que vous n'avez pas d'âme. Les spirales mélodiques ascendantes nous transportent hors de notre torpeur quotidienne. Ce morceau, c’est la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste selon Hugo. Point d’autres mots pour décrire ceci. On touche ici à l'absolu et au magistral. Daniel Hope vient de nous accompagner vers la toute fin, la catharsis tant attendue s’opère enfin, plus aucune résistante ne peut être opposé au violon Guarneri (équivalent d’un stradivarius). Burning vient conclure cet album en apothéose. Ca y est, le phénix vient de se consumer, il renaîtra un de ses jours de ces cendres, pour une nouvelle fois étinceler de mille feux.

 

 

On sent peut-être une certaine forme de conclusion avec cet album. Ludovico nous a tout dit et tout dévoilé. Un condensé de toute une vie se tient alors dans nos oreilles. Cet album ne fera pas l’unanimité au sein de la communauté post néo-classique et c’est bien dommage, car cet héritage que vient de nous transmettre ce piémontais pourrait bien rester pendant longtemps gravé dans nos mémoires. Nul doute que l’on a affaire ici à l’un des meilleurs albums de l’année (cette fois-ci ce n’est pas une plaisanterie), les mauvaises langues n’auront qu’à aller cracher leur frustration plus loin. S’ils n’ont pas succombé aux charmes d’Expérience, il est clair que nous ne pouvons plus rien pour eux.

 

 
Par Electronic Diary - Publié dans : Ambiant
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Jeudi 18 avril 4 18 /04 /Avr 17:13

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Kraftwerk est aujourd'hui un nom qui appartient à la légende. Un mythe musical à lui seul qui n'aura de cesse durant toute sa carrière d'établir les fondations d'une nouvelle vague musicale : la musique électronique. D'ailleurs, Derrick May expliquera bien des années plus tard que la techno est née tout simplement de la rencontre entre George Clinton et Kraftwerk dans un ascenseur. Établi à Krautrock, ce groupe allemand a été fondé dans les années 70 par deux étudiants en musicologie: Florian Schneider-Esleben et Ralf Hütter. La sortie en 1970 de leur cinquième album «Radio-Activity» leur assurera un succès mondial.

 

Si des personnages hardis font l'Histoire, c'est alors à des artistes réfractaires de faire l'histoire de la musique. Kraftwerk appartient clairement à ces groupes audacieux et déterminés qui ne se contentent pas de faire de la musique, mais de réinventer en permanence cette dernière avec une soif insatiable. Le génie de ces 4 musiciens allemands tient donc dans une logique simple: abandonner les instruments traditionnels pour construire une musique nouvelle à l'aide de machines. De ce protocole si particulier surgit une musique nouvelle, étonnante d’originalité et de grandeur. L'art synthétique moderne peut enfin prendre son envole !

 

De même que les livres d'Isaac Asimov, la musique de Kraftwerk nous invite à nous interroger sur le devenir de notre monde dans lequel la technologie prend une place prépondérante.

Sommes nous les victimes de notre propre appétence de modernité ?

A cette interrogation si légitime, la musique de ces génies nous révèle que non. Non, nous restons toujours souverain de notre propre existence. Et non nous continuons toujours à être les régents de nos inventions. Avec Kraftwerk, nous les consacrons même à des fins justes : traduire les maux de l'humanité par la musique. Ici d'ailleurs, l'esprit de cet art singulier est justement d'exprimer le propre de l'homme, la sensibilité, par un langage binaire aussi bien musical que technologique. Insuffler un vent de répétition, un souffle d'arpèges et une légère brise harmonique pour créer une envolé musicale à la fois rationnelle et mathématique, mais non moins émotive. Avec l'algèbre, La musique du groupe recherche l'universalité pour former un dialecte compréhensible par nos cultures disparates.

 

L'espace n'est plus qu'un terrain de jeu pour Florian Schneider-Esleben et Ralf Hütter se réclamant d'une Europe sans frontières, unifiée autour d'une société commune. Trans europe express peut maintenant être la figure de proue d'une nouvelle famille européenne apatride, hanté par les mémoire d'une guerre inqualifiable. Par conséquent, la musique kraftwerkienne transcende et fusionne cette région en manque de repère qui contemple désormais, honteuse, sa splendeur passée de l'autre coté de l'océan vers une Amérique hégémonique qui n'aura de cesse de l'humilier.

 

Les productions de ces quatre ingénieurs n'en restent pas moins sombres. L'influence des paysages urbains bavarois se fait ressentir. Ainsi, le panorama de ces villes homogènes conduit Kraftwerk a dessiner les contours d'une musique austère, résolument avant gardiste et répétitive. Pour traduire ce sinistre horizon citadin, ces germains ne tergiversent pas. Ils utilisent principalement la brutalité naturelle de la langue de Goethe. Cet emprise de la modernité métropolitaine se retrouvera d'ailleurs dans le caractère visuel du groupe, genèse d'un attrait naissant pour le charme urbain qui gagnera peu de temps après le «Street Art».

 

Kartela 

 

 

 

 

Par Electronic Diary - Publié dans : Techno
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Samedi 13 avril 6 13 /04 /Avr 21:38

atom

 

Label : Raster-Noton 

Date de sortie : Mars 2013

Genre : Sound Design 

 

 

La réputation du solitaire Uwe Schmidt, le seul et l'unique homme se tenant derrière l’alias Atom™, n’est plus à faire. Avec plus de 200 releases portant le nom de l’un de ses multiples pseudonymes (dont Atom Heart, Señor Coconut et une bonne cinquantaine d'autres) parus depuis 1990, la carrière d’Uwe est donc étonnamment longue et prolifique pour un producteur de musiques électroniques. Il publiait ses maxis sur son propre label, Rather Interesting, alors même que certains d’entre nous tétaient encore le biberon. Une discographie vaste dans des genres différents, du jazz avant-gardiste, à de l’easy listening, en passant par de la pop latino et la « pop artificielle kraftwerkienne ». D’ici quelques mois il aura sans doute encore sorti plusieurs albums mais qu’importe… Sorti aujourd'hui sur le sérieux Raster-Noton qui n’a jamais déçu son public, HD ne fait que conforter l’idée que l’on se faisait déjà du label. Le nom de l'album n’est pas anodin : composé de deux lettres abondamment utilisées dans ce monde où les produits à hautes technologies sont prisés par tous, c’est sans doute le symbole de notre société de consommation. Mais nous y reviendrons plus tard.

 

 

HD, a eu une genèse longue et mouvementée. En effet, les premiers enregistrements ont été effectués en 2005 et le nom de l’album était à l'époque Hard Disc Rock. Mais, suites aux modifications apportées aux titres et à la tracklisting au fil du temps, le projet a quasiment complètement changé de tournure. Entre temps, plusieurs long formats d’Atom™ sont sortis sur Raster Noton : Liedgut, dans un genre proto-techno légèrement « popisé » et assez expérimentale ou encore l’abscon mais délicat Winterreise, entre easy-listening et néoclassique. Avec ce nouveau long format, Uwe Schmidt revient sur une ligne de production faisant à nouveau référence au célèbre quatuor allemand, Kraftwerk, bien qu’il ait apporté d’importantes modifications pour amener plus de dynamisme.

 

Information importante afin de comprendre ce disque : Atom™ a fait un travail introspectif sur ce qu’il était en dehors des codes sociaux et de sa nationalité afin de n’être aucunement influencé dans son travail. Et cela se sent dès le départ sur « Pop HD » qui, malgré ses ressemblances avec ces groupes synth-pop des années 80, n’a rien à voir finalement avec ces derniers. Les origines allemandes ainsi que les influences latino venant de la demeure de Sao Polo d’Uwe ne se font pas pas ressentir. C’est froid, c’est inhumain et c’est diablement précis. La voix française de Jean-Charles Vandermynsbrugge est brute, à mi-chemin entre échantillon synthétique et discours humain. Les rythmiques sont, comme à l’accoutumé sur Raster-Noton, d’une précision chirurgicale voire même plus. On atteint ici, notamment sur Strom ouu Empty, un certain paroxysme dans la précision et l’agencement du son, cette compulsion terriblement humaine de vouloir tout à mettre à sa place avec une perfection méthodique et machinale. L’aspect krafwerkien n’est peut-être ici qu’une façade. Il est difficile de savoir si Uwe tourne en dérision cet élément bien que cela constitue la base de cet album. Peut-être faut-il le rappeler, le groupe mythique était à ses débuts une formation rock et son évolution vers ce qui constituera le socle des musiques pop et électronique a fait couler beaucoup d’encre. Ils étaient et sont encore considérés comme le symbole de ce mouvement, synonyme de « la mort des vrais compositeurs ». Alors que faut-il en conclure ? Uwe révère-t-il ces figures emblématiques ou les haït-il pour ce qu’elles ont causé ? Quoi qu'il en soit, il ne faut pas en douter : l’appauvrissement de la musique du 21e siècle est ici totalement dénoncé, surtout sur Stop (Impérialist Pop), critique clairement explicite avec des paroles vocodé du genre « Sonic invasion, from nation to nation » ou encore « Corporate Sound, In dolby surround ». Ici, il est assez incroyable d’avoir une telle richesse sonore  avec si peu d’éléments.

 

C’est frais, c’est léger sur I Love U (Like I Love My Drum Machine) et l'allure du titre montre bien qu’on oscille entre sérieux et dérision. Tout ceci est déroutant mais paradoxalement, très efficace. The sound Of Decay est peut-être l’exemple le plus marquant, en faisant référence aux groupes hard rock des 30 dernières années avec une basse numérisée et grasse comme il faut et la voix suave de Jorge Gonzales, le tout enveloppé dans des éléments tout à fait modernes. On y voit peut-être l'ombre d’un « robot rock » ou quelque chose du genre, bien que la production d’Uwe, l’homme-machine, soit bien plus luxuriante. Riding The Void est très certainement la chanson du « loveur » du 4e millénaire, tandis que My Generation est l’appel à l’aide d’une adolescence matraquée à coup de Justin Bieber ou de Carly Rae Jepsen, la génération qui croit à l’existence de vampires romantiques et dont pour eux, la date limite d’existence d’un couple est d’une semaine (maximum). Mais comme nous, Atom™ semble aussi complètement désolé, car il ne pourra sauver cette génération perdue dans les affres des réseaux sociaux. Comme le dirait très bien un certain Hal 9000 : « I’m Sorry Dave, I’m afraid I can’t do that. » Référence peu fortuite, puisque Ich bin meine Machine, dernier morceau de l’album, montre la transformation irréversible de l’homme en machine. Cette métamorphose sublime est, semble-t-il, un présage d’une humanité déshumanisée qui ne fait plus attention à son prochain. La machine sera probablement le dernier réceptacle de l’homme prêt à tout pour devenir immortel. Qui sait, peut-être un jour notre âme finira dans une boîte de conserve.

 

 

HD est décidément un album bien troublant en étant si insidieux et si persuasif. On a, à première vue, affaire à une production légère faisant volontairement référence à la synth-pop artificielle par nature. Mais que nenni, toute cette façade est illusoire et s’écroule rapidement pour l'auditeur averti. Ce n’est pas de la techno au sens strict du terme, ni vraiment de la pop édulcorée. Alors qu’est donc ce caméléon ? Une ode à la machine peut-être, quoi que… Atom™ vient donc de produire un album tout à fait universaliste mais qui ne fera malheureusement pas plaisir à tout le monde. Les paradoxes et antithèses foisonnent, donnant à cette musique synthétique plusieurs niveaux de lecture. Un must-have, assurément.

 

Raphael Lenoir 

 

 
Par Electronic Diary - Publié dans : Ambiant
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