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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 18:06

http://www.seeksicksound.com/wp-content/uploads/2013/04/Ludovico-Einaudi-In-A-Timelapse-Seeksicksound-Review-300x300.jpg

Label: Decca

Date de sortie: février 2013

Genre: Classical/Modern Classical 

 

Avis au public d’Intouchable, cette chronique est pour toi, vil membre de la masse. Mais aussi pour les autres, ceux qui sont là pour la musique, car oui, Ludovico Einaudi produit bien de la musique et pas n’importe laquelle. Disciple de nombre de producteurs minimalistes qui ont su faire évoluer la musique vers des genres hybrides, égarés à mi-chemin entre expérimentations géniales et parfois fumisteries faussement abscondes, Ludovico Einaudi, lui est resté simple, ce qui lui a valu des critiques plus ou moins positives. Max Richter, Arvo Part, Philip Glass, John Cage, voir Olivier Messiaen : voilà une liste de noms qui fera frémir certains tandis qu'elle ne fera ni chaud ni froid à d’autres, mais dans laquelle l'italien aurait pu facilement s'inscrire. Seulement voilà, il a pris un chemin différent, plus « mainstream » qui lui empêchera peut-être de rester dans les mémoires des plus fiers d'entre nous. Mais si tel était le cas cela resterait foncièrement une injustice, tant cet homme au visage buriné par les années mérite cette postérité. Quoi que d’une certaine manière il l’a déjà, avec des dizaines de milliers de copies vendues dans le monde. Mais être reconnu par ses pairs, c’est une toute autre histoire. Peut-être que d’une certaine manière la première étape de la reconnaissance est le rejet. Allez savoir, personne ne peut savoir de quoi est fait le lendemain.

 

Après une poignée d’albums et de bandes originales déjà très diffusés, c’est surtout avec l’OST d’Intouchable que le producteur s’installera définitivement dans tous les disquaires de l’hexagone. Escroquerie pour certains ou succès mérité pour d’autres, Einaudi suscite des réactions pour le moins ambivalentes et son dernier album en date, In A Time Lapse, ne dérogera pas à la règle. Sorti cet hiver sur Decca, l'homme a composé cette nouvelle fresque à propos du temps dans un monastère aux alentours de Vérone, cloitré avec un orchestre rien que pour lui et avec l’aide d’un invité de marque, le violoniste Daniel Hope.

 

 

Voici donc un concept album, peu original au premier abord, si ce n’est que cette fois-ci l’artiste ne s’intéresse nullement à figer le temps, mais plutôt à le faire se souvenir. On dit communément qu’avant d’expirer, une personne voit défiler sa vie, ses échecs, ses réussites, voir même des souvenirs perdus ressurgissant une dernière fois. L’artiste a tenté de recréer tout cela, avec tout le lyrisme qu’on aurait pu attendre d’un italien. Après tout, ne dit-on pas que les méditerranéens ont l’art de mettre à nu leurs sentiments?  In A Time Lapse n’est pas seulement la continuation logique de sa carrière, il est comme un point d’orgue, d’une importance cruciale, un point final qui ne s’arrêtera que lorsque le composeur l’en aura décidé.

 

Et pour cela quoi de mieux que Corale comme entrée en scène avec les violoncelles et violons épanchant leurs longues notes nostalgiques d’un temps révolu. C’est lisse certes, mais déjà terriblement efficace. Une pointe de mélancolie émerge déjà de ces quelques notes enveloppées d’une légère couche électronique comme sur Time Lapse, ballade au piano épaulée par quelques légères incursions à la guitare. C’est incroyablement simple mais si efficace : c'est le minimalisme dans toute sa splendeur. Et cette intensité perdurera tout le long de l’album; est sans doute cela ce qui lui confère un tel degré d’attachement. On peut écouter cela d’une oreille distraite sans aucun problème. Mais la vraie surprise vient lorsqu’on écoute cela très attentivement avec un volume conséquent. Alors les envolées des instruments à cordes ne nous sembleront plus niaises mais magistrales, comme sur Life, Run. L’utilisation du Glockenspiel était légèrement attendue, mais n’efface en rien à la qualité des morceaux. Repris notamment sur Orbits ou Newton’s Cradle le véritable joyau électronique, c’est aussi le pilier expérimentale de cet œuvre. On savait Ludovico expert en sonorité mais un travail de cet acabit tiens plutôt de la précision d’un orfèvre ou d’un horloger.

 

On notera quelques temps mort cependant dans cet albums, légèrement sur Two Trees aux accents « Debusséen » (Clair De Lune en ligne de mire), mais surtout sur Discovery At Night, vraiment léger pour du minimalisme. C’est profond, cela vient du cœur, on le sent, mais un peu téléphoné. Quoi qu’il en soit ces moments fugaces nous rappellent bien que c’est un Homme avec une grand H qui a imaginé tout cela. En effet, la fin de l’album semble presque irréelle, l’enchainement Experience-Underwood-Burning est l’une des plus belles choses qui nous ait été donné d’entendre depuis longtemps. Elle est là, la transcendance que l’on attendait tant, elle arrive enfin et nous arrache du commun des mortels. Si vous n’avez pas été convaincu par Experience et son frêle tambourin sublime le morceau lorsqu’il entouré de la myriade de violons et du piano s’accordant à l’unisson, c'est que vous n'avez pas d'âme. Les spirales mélodiques ascendantes nous transportent hors de notre torpeur quotidienne. Ce morceau, c’est la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste selon Hugo. Point d’autres mots pour décrire ceci. On touche ici à l'absolu et au magistral. Daniel Hope vient de nous accompagner vers la toute fin, la catharsis tant attendue s’opère enfin, plus aucune résistante ne peut être opposé au violon Guarneri (équivalent d’un stradivarius). Burning vient conclure cet album en apothéose. Ca y est, le phénix vient de se consumer, il renaîtra un de ses jours de ces cendres, pour une nouvelle fois étinceler de mille feux.

 

 

On sent peut-être une certaine forme de conclusion avec cet album. Ludovico nous a tout dit et tout dévoilé. Un condensé de toute une vie se tient alors dans nos oreilles. Cet album ne fera pas l’unanimité au sein de la communauté post néo-classique et c’est bien dommage, car cet héritage que vient de nous transmettre ce piémontais pourrait bien rester pendant longtemps gravé dans nos mémoires. Nul doute que l’on a affaire ici à l’un des meilleurs albums de l’année (cette fois-ci ce n’est pas une plaisanterie), les mauvaises langues n’auront qu’à aller cracher leur frustration plus loin. S’ils n’ont pas succombé aux charmes d’Expérience, il est clair que nous ne pouvons plus rien pour eux.

 

 
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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 21:38

atom

 

Label : Raster-Noton 

Date de sortie : Mars 2013

Genre : Sound Design 

 

 

La réputation du solitaire Uwe Schmidt, le seul et l'unique homme se tenant derrière l’alias Atom™, n’est plus à faire. Avec plus de 200 releases portant le nom de l’un de ses multiples pseudonymes (dont Atom Heart, Señor Coconut et une bonne cinquantaine d'autres) parus depuis 1990, la carrière d’Uwe est donc étonnamment longue et prolifique pour un producteur de musiques électroniques. Il publiait ses maxis sur son propre label, Rather Interesting, alors même que certains d’entre nous tétaient encore le biberon. Une discographie vaste dans des genres différents, du jazz avant-gardiste, à de l’easy listening, en passant par de la pop latino et la « pop artificielle kraftwerkienne ». D’ici quelques mois il aura sans doute encore sorti plusieurs albums mais qu’importe… Sorti aujourd'hui sur le sérieux Raster-Noton qui n’a jamais déçu son public, HD ne fait que conforter l’idée que l’on se faisait déjà du label. Le nom de l'album n’est pas anodin : composé de deux lettres abondamment utilisées dans ce monde où les produits à hautes technologies sont prisés par tous, c’est sans doute le symbole de notre société de consommation. Mais nous y reviendrons plus tard.

 

 

HD, a eu une genèse longue et mouvementée. En effet, les premiers enregistrements ont été effectués en 2005 et le nom de l’album était à l'époque Hard Disc Rock. Mais, suites aux modifications apportées aux titres et à la tracklisting au fil du temps, le projet a quasiment complètement changé de tournure. Entre temps, plusieurs long formats d’Atom™ sont sortis sur Raster Noton : Liedgut, dans un genre proto-techno légèrement « popisé » et assez expérimentale ou encore l’abscon mais délicat Winterreise, entre easy-listening et néoclassique. Avec ce nouveau long format, Uwe Schmidt revient sur une ligne de production faisant à nouveau référence au célèbre quatuor allemand, Kraftwerk, bien qu’il ait apporté d’importantes modifications pour amener plus de dynamisme.

 

Information importante afin de comprendre ce disque : Atom™ a fait un travail introspectif sur ce qu’il était en dehors des codes sociaux et de sa nationalité afin de n’être aucunement influencé dans son travail. Et cela se sent dès le départ sur « Pop HD » qui, malgré ses ressemblances avec ces groupes synth-pop des années 80, n’a rien à voir finalement avec ces derniers. Les origines allemandes ainsi que les influences latino venant de la demeure de Sao Polo d’Uwe ne se font pas pas ressentir. C’est froid, c’est inhumain et c’est diablement précis. La voix française de Jean-Charles Vandermynsbrugge est brute, à mi-chemin entre échantillon synthétique et discours humain. Les rythmiques sont, comme à l’accoutumé sur Raster-Noton, d’une précision chirurgicale voire même plus. On atteint ici, notamment sur Strom ouu Empty, un certain paroxysme dans la précision et l’agencement du son, cette compulsion terriblement humaine de vouloir tout à mettre à sa place avec une perfection méthodique et machinale. L’aspect krafwerkien n’est peut-être ici qu’une façade. Il est difficile de savoir si Uwe tourne en dérision cet élément bien que cela constitue la base de cet album. Peut-être faut-il le rappeler, le groupe mythique était à ses débuts une formation rock et son évolution vers ce qui constituera le socle des musiques pop et électronique a fait couler beaucoup d’encre. Ils étaient et sont encore considérés comme le symbole de ce mouvement, synonyme de « la mort des vrais compositeurs ». Alors que faut-il en conclure ? Uwe révère-t-il ces figures emblématiques ou les haït-il pour ce qu’elles ont causé ? Quoi qu'il en soit, il ne faut pas en douter : l’appauvrissement de la musique du 21e siècle est ici totalement dénoncé, surtout sur Stop (Impérialist Pop), critique clairement explicite avec des paroles vocodé du genre « Sonic invasion, from nation to nation » ou encore « Corporate Sound, In dolby surround ». Ici, il est assez incroyable d’avoir une telle richesse sonore  avec si peu d’éléments.

 

C’est frais, c’est léger sur I Love U (Like I Love My Drum Machine) et l'allure du titre montre bien qu’on oscille entre sérieux et dérision. Tout ceci est déroutant mais paradoxalement, très efficace. The sound Of Decay est peut-être l’exemple le plus marquant, en faisant référence aux groupes hard rock des 30 dernières années avec une basse numérisée et grasse comme il faut et la voix suave de Jorge Gonzales, le tout enveloppé dans des éléments tout à fait modernes. On y voit peut-être l'ombre d’un « robot rock » ou quelque chose du genre, bien que la production d’Uwe, l’homme-machine, soit bien plus luxuriante. Riding The Void est très certainement la chanson du « loveur » du 4e millénaire, tandis que My Generation est l’appel à l’aide d’une adolescence matraquée à coup de Justin Bieber ou de Carly Rae Jepsen, la génération qui croit à l’existence de vampires romantiques et dont pour eux, la date limite d’existence d’un couple est d’une semaine (maximum). Mais comme nous, Atom™ semble aussi complètement désolé, car il ne pourra sauver cette génération perdue dans les affres des réseaux sociaux. Comme le dirait très bien un certain Hal 9000 : « I’m Sorry Dave, I’m afraid I can’t do that. » Référence peu fortuite, puisque Ich bin meine Machine, dernier morceau de l’album, montre la transformation irréversible de l’homme en machine. Cette métamorphose sublime est, semble-t-il, un présage d’une humanité déshumanisée qui ne fait plus attention à son prochain. La machine sera probablement le dernier réceptacle de l’homme prêt à tout pour devenir immortel. Qui sait, peut-être un jour notre âme finira dans une boîte de conserve.

 

 

HD est décidément un album bien troublant en étant si insidieux et si persuasif. On a, à première vue, affaire à une production légère faisant volontairement référence à la synth-pop artificielle par nature. Mais que nenni, toute cette façade est illusoire et s’écroule rapidement pour l'auditeur averti. Ce n’est pas de la techno au sens strict du terme, ni vraiment de la pop édulcorée. Alors qu’est donc ce caméléon ? Une ode à la machine peut-être, quoi que… Atom™ vient donc de produire un album tout à fait universaliste mais qui ne fera malheureusement pas plaisir à tout le monde. Les paradoxes et antithèses foisonnent, donnant à cette musique synthétique plusieurs niveaux de lecture. Un must-have, assurément.

 

Raphael Lenoir 

 

 
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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 17:10

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Date de sortie : Mars 2013

Genre : Neoclassique

Label : Denovali

 

 

         

Field Rotation est le projet du musicien allemand Christoph Berg depuis 2008. Cela fait aujourd'hui 5 ans déjà que l'artiste nous inonde de sa musique envoûtante portée par son esthétique si particulière. Il revient aujourd'hui avec son troisième album The Repetition Of History dans la continuité des précédents comme en témoigne son titre.

   

The Repetition Of History s'inscrit parfaitement dans un registre néoclassique fusionné entre l'influence classique d'un Aaron Copland contrasté par l’atmosphère moderne de la nouvelle vague. De cette union naît une nouvelle matière, essence de la musique de Christoph Berg. L'allemand excelle dans cette association entre l'ancien et le nouveau, entre l'usé et l'inusité. Il combine miraculeusement le style classique avec la lenteur caractéristique du drone. Apparaît alors une musique rare de singularité illustrant merveilleusement la mélancolie propre à la condition humaine de regarder atone le temps passer. Dans cette peinture musicale, tout est là, à sa place pour laisser votre âme vous abandonner à ce voyage dont vos sens seront l'objet étudié.

     

Tributaire, la musique vous hante, vous obsède pour enfin finir par vous dévorer par ces quelques notes sagement parsemées. Diabolique est la créature animée par Christoph Berg. Cette expédition sensorielle vous amènera à contempler ces contrées glaciales et immaculées que seule la musique peut vous laisser imaginer. Dans ce voyage au bout de la nuit, vous rencontrerez une dame avec laquelle, désabusé, vous engagerez la Valse Fatale sereinement orchestrée par la voix passionnée de Mari Solaris. C'est après cette initiation glacée et romantique que vous vous trouverez enfin apte à traverser la scène apocalyptique de Fatalist.

     

Maintenant que votre esprit est obsédé, vous devenez enrôlé à poursuivre cette fresque romanesque. La suite est inévitable. Votre âme hantée va s'enfoncer dans les ténèbres. Aliéné par les fracas assourdissants de ces violons tumultueux, vous ne pourrez que contempler froidement l'étendue de la scène macabre qui s'offre à vous. Devant la violence dantesque de ce tableau étrangé à tout entendement vous ne pourrez que constater votre propre passivité. Vous n'êtes plus qu'un esclave drogué à ces répétitions cycliques de cette musique sombre, de cet enfer mélancolique. 

L'indolence est absurde. Avouez le, votre raison est condamnée !

      

The Repetition Of History marque le retour triomphal de Field Rotation. Il nous livre ici, un album sans compromis et en dehors de toute convention. Dotée d'un romantisme rare et profond, la musique de Christoph Berg égayera vos nuits.

 

Kartela

 

 

 

 

 

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:50

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Label: Denovali

Date de sortie: Décembre 2012

Genre: Orchestral / Néoclassical

 

 

Aïe, encore une fois Denovali frappe très fort en cette fin d’année, grâce à la très bonne sortie de Poppy Ackroyd intitulé Escapement, mais surtout grâce à ce double album de The Alvaret Ensemble. Sous ce patronyme fumant et mystérieux à souhait se cachent des chirurgiens du son bien connu : Greg Haines tout d’abord ayant sorti au cours de l’année un bien bel album nommé Digressions et qui ,bien sûr, pour cette occasion s’est mis au piano ; Jan Kleefstra que l’on voit souvent avec un autre membre de sa famille, Romke ayant eux aussi leur quota d’albums de qualités ; le premier s’occupera des poèmes tandis que le second s’occupera de la guitare. Sytze Pruiksma, lui, est moins connu mais s’était déjà une fois allié à Romke et Jan pour créer un album de toute beauté : Deislieper (sorti sous Hibernate). Mais avec ce quatuor de base, s’ajoute Iden Rheinhart ( Strië pour les intimes), violoniste qui avait d’ailleur joué avec Greg pour Digressions ; Peter Broderick , ici violoniste, auteur de pas mal d’albums en compagnie de ce cher Nils Frahm qui lui va s’occuper de la partie vitale de l'oeuvre: le mastering. Il faut encore souligner la présence d’Hilary Jeffery membre du Killimandjaro Darkjazz Ensemble qui s’occupera du trombone. Avec tous ces artistes de 1er choix réunis ensemble pendant 3 nuits dans l'église Grunewaldkirche à Berlin ne pouvaient assurément donner qu’une œuvre de qualité.

Amen.

 

Byd ou comment sombrer déjà dans les ténèbres abyssales de la musique de The Alvaret Ensemble. Une nuit opaque où un voile mystérieux se soulève, la mélodie presque arrêtée du piano, les plaintes du trombone ainsi que la voix doucereuse et sombre à la fois de Jan nous emmène dans de vastes espaces encore inexplorés. Une ambiance très intimiste et très religieuse se répand, les échos de l’église ont un profond sens dans ces élucubrations soniques. Une introspection de l’âme, voilà comment définir cette musique viscérale et envoutante. Une chose, peut-être anodine à la base mais vitale par la suite, me frappe : je m’aperçois que les musiciens ne sont pas maîtres de leur instrument, ce sont les instruments qui dirigent les muscles de leur corps. La musique pour trouver une certaine forme de transcendance doit être jouée ainsi : l’instrument doit être l’homme et non pas l’inverse. Sur Eac, sublime mouvement du piano, rejoins ensuite par les tintements et les frottements légers des percussions puis par les violons et les instruments à vent, on se surprend à planer tant la musique semble légère. Nous y sommes, à la Grunewaldkirsche, là où durant la nuit d’étranges phénomènes se produisent; là où la musique semble prendre vie. Une ambiance surnaturelle s’en échappe…  Chaque morceau sont comme des petites odysées (beaucoup de morceaux dépassent 10 minutes) et chaque fresque raconte son histoire propre en faisant elle-même écho à un autre morceau. De leurs enregistrements, les artistes en ont fait un double album où la 2e partie tout en étant la continuité de la 1ere en diffère quelque peu. Les ambiances sont encore plus fuligineuses, il n’y a plus de mélodies, des notes éparses nous guident alors sur un sentier où toute lumière a disparu. Comme beaucoup de travaux néo-classiques, le silence est d’or : il est sensé nous accompagner dans notre déambulation vers l’inconnu et surtout dans la solitude. Les percussions ne tintent plus, de lourds battements les remplacent, les textes de Jan bien qu’au-delà de notre compréhension ont une certaine résonnance en nous, leur certaine poésie complète celle des instruments. Les sons ont pris le pas sur les accords et cela jusqu’à la toute fin.

 

Encore un sublime album que vient de sortir Denovali, une collaboration qui laissait espérer beaucoup et qui s’est concrétisée en une musique vivante, surgissant de l’obscurité en avançant imperceptiblement.  Un album à écouter de nuit, mais surtout, seul. Un regard sur le ciel étoilé, une question reste alors en suspens : Venons-nous de trouver la mort ?

 

 

 

Denovali

 

Raphaël Lenoir

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 17:33

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Genre : Ambiant, classical
Sortie : 12/11/2012
Label : Warp

 

Brian Eno est très certainement l'un des musiciens les plus inventifs de notre temps. Peu d'artistes peuvent se venter aujourd'hui d'avoir travaillé avec David Lynch ou David Bowie. Expérimentateur le britannique a favorisé l'émergence de la nouvelle scène électronique au début des années 80. Warp est quant un lui un label d'IDM mondialement respecté fondé en 1989 que tout amateur de musiques électroniques en tout genre se doit de connaître.

 

Miles Davis a dit une très belle phrase « la véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence. » Cette citation m'est venu à l'esprit en écoutant cette oeuvre parce qu’ici tout est suggéré, les notes de piano agissent avec discrétion et évoquent à l'auditeur les suaves mélodies lentes et sombres. Vous l'aurez compris l’atmosphère est minimaliste, l'ambiance est lourde pesante et mélancolique, la ou cet album tient du génie est le fait que l'artiste na pas besoin de faire beaucoup de notes pour façonner l'harmonie et l’atmosphère de l'ensemble, une telle maîtrise est rare de nos jours et nous rappelle un peu la musique de Tim Hecker. Je parle peu être un peu trop vite de minimalisme ici ! Au final si on y réfléchit bien qu'est que le minimalisme ? Ce terme ne signifie absolument rien, car l'important en musique n'est pas le nombre de note, ou même la complexité de l'harmonie, non, elle est tout simplement dans la capacité de l'artiste à nous véhiculer ces émotions les plus intimes, et non besoin pour ceci d'en faire trop. Brian Eno la bien compris. La musique est donc bien sûr comme tout les arts subjective mais je doute que “Lux” puisse laisser indifférent.

 

Cet album marque donc un retour triomphale pour Mr Eno. Lux est un album homogène ou les tracks forment une unité cohérente indivisible. A la lisière de la musique classique et de l'ambiant cet album ravira les fans de la première heure et tous les fans de musique climatique.

Kartela

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 12:18

 

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Labels: Serein et Flau

Date de sortie: automne 2012

Genre: ambiant, field recordings, folk, néoclassical...

 

Par manque de temps ou peut-être d’envie, je n’arrive plus à chroniquer convenablement tous les albums récents qui le mériteraient, c’est pourquoi je préfère désormais chroniquer deux albums en une seule fois (uniquement lorsque cela est possible c'est-à-dire lorsque deux albums sont assez proche du point de vue musical) et me permettant ainsi de ne pas me répéter inutilement sur une 2e chronique. J’espère que ce compromis n’altèrera en aucune façon votre lecture…

 

 

Le bonheur n’a jamais pu être défini dans son universalité. C’est un fait ; qui aujourd’hui peut parler de bonheur mondial alors que l’homo economicus, ce prophète égaré des temps temps nouveaux (cf. dernier ouvrage de Daniel Cohen) semble dominer le genre humain? Il ne peut par conséquent que s’appliquer à l’individu mais encore faut-il que ce dernier en soit conscient à l’instant présent et le savoure, car le bonheur est aujourd’hui rare et fragile. Chose insaisissable mais finalité de la vie humaine pour certain, ce sentiment de plénitude m’apparaît surtout dans les songes rêveur, dans ces instants de flâneries infinies, au-delà de toute approche du temps qui avance inexorablement. Se lover au fond d’un canapé, s’envelopper dans une couverture, la chaîne hifi allumée, et partir : voilà pour moi la réelle sensation de bonheur, aussi fugitif soit-il.

 

Aujourd’hui encore il est possible de trouver des œuvres qui permettent d’éveiller votre imagination et l’étendre au-delà de notre champ de conscience; musique : merveille de la nature humaine. Mais encore faut-il se donner la peine de les chercher. Douce délectation après la découverte de ces 2 aiguilles dans une botte de foin que sont Brambles de Charocal et The Language of Flower de Twigs & Yarn.

A quoi bon faire l’introduction de ces pseudonymes, puisque ici seul sa musique nous intéresse et nous touche. Dire que ses auteurs sont respectivement anglais et américains: futile. Dire que leur album sont sorti cet automne : à quoi bon ? Dire qu’ils sont paru respectivement sur Serein et sur Flau, cela par contre peut s’avérer utile si vous pensez acheter ces merveilles ou étudier de plus près les sorties de ces (très bons) labels. Mais, je le répète, seul la musique nous intéresse dans ces cas et tout particulièrement lorsqu’elle est aussi aboutie que celle-ci.

 

To Speak of Solitude, premier titre de Brambles , sonne comme une évidence tant Charocal semble être fait pour les solitaires, un disque tout aussi fait pour les jours éclairées que pour les nuits voilées où le sommeil s’échappe à notre volonté. Ainsi les premières notes de guitare et de piano volatiles ont tôt fait de nous apaiser dans notre chagrin profondément dissimulé, des plaintes ambiantes, vibrantes d’émotions ressortent de cette mélopée éthérée, s’abattent sur nous et nous foudroient de leur ampleur. Des morceaux d’un minimalisme ataraxique nous dévoilent intimement leur beauté, on retiendra particulièrement In the Androgynous Dark un morceau aux ambiances très jazzy et de haut vol, ainsi que Deep Corridor où les ténèbres impressionnantes nous envahissent et interrompent ces instants de béatitude insouciantes. Là encore le temps n’a plus de prise sur nous, il glisse, s’efface pour un moment, mais ce vil et sournois personnage réapparaît tôt ou tard et nous rappelle sans cesse qu’une pulsation en plus c’est aussi une pulsation de moins vers l’inéluctable.

 

J’ai choisi, non sans raison, d’accompagner cet album de Brambles avec celui de Twigs & Yarn puisqu’ils ils partagent de multiples points communs car The Language of Flowers, lui aussi, nous apaise dès la première seconde. Bien qu’en prenant des chemins différents, la succession de titres humbles provoquent les mêmes effets et laisse la part de silence faire son travail dans notre encéphale ; sans le savoir nous venons de découvrir un jardin secret, un Eden inattendu et surgissant enfin là sous nos yeux. Cette remarque est particulièrement vrai pour l’album de Twigs & Yarn tant on a l’impression que la guitare frêle et les faibles carillons envoient une multitude de couleurs en un très court instant : les synesthésies s’opèrent, nous voilà allongé quelque part dans la lande sur un lit de roses, de bleuets, de tulipes, de jacinthes…. Le soleil est radieux de surcroit, nous voguons parmi les nuages tandis que nos amis ou notre famille discutent autour de nous. En effet, même si à première vue rien ne le laissait paraître, The Language of Flowers est constitué d’une infinité d’éléments : les murmures des voix doucereuses ainsi que les micros glitchs offrent une fluctuation permanente des morceaux qui auraient pu sembler répétitifs. Mais ici tout coule de lui-même, d'une limpidité curieusement évidente. Un dosage délicieux entre Ametsub pour la strucuture des glitchs très variés, The Green Kingdom pour l’aspect folk minimal et The Boats pour ce côté classe empreint de quiétude.

 

Celui qui vous dirait que Charocal et The Language of Flowers sont jumeaux serait à moitié un menteur. Ils appartiennent effectivement tous deux à ces genres bâtards dont on a tant de mal à mettre une étiquette, pas si minimalistes que cela, c’est certain, et ils poursuivent a priori le même but en provoquant un état de sérénité à notre âme habituellement rongé par les larmes de nos chagrins. Cependant les méthodes divergent quelque peu : The Language of Flower est nettement plus folk alors que Charocal est clairement plus néo-classique. Toujours est-il qu’ils sont tous deux d’une élégance rare, et qu’on ne se refusera pas le plaisir de réécouter une n-ième fois ces morceaux racés.

 

 

Raphaël Lenoir

 

 

Twigs & Yarn - Static Rowing from twigsandyarn on Vimeo.

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 19:06

BERSARIN-QUARTETT-II.jpg 

Label: Denovali

Date de sortie: Avril 2012

Genre: Ambiant/ Neoclassique/ Orchestral/ Cinematic/ Indus (faites votre choix)

 


Qu’il est dur pour moi de commencer cette chronique, j’ai encore du mal à digérer la profondeur abyssale de cet album. Décidément, quel abysse ! Certainement un de ceux dont on n'en réchappe pas indemne, comme si cet œuvre laissait une cicatrice indélébile un peu partout en nous. Il est inutile de se le cacher, l’écoute de cet album m’a changé irrévocablement et imperceptiblement, avec un certain recul je m’aperçois que je ne vois plus les choses de la même façon. Si vous rechignez à aller plus loin dans cette lecture écoutez au moins ceci, même si c’est à votre insu.

 

 

Lorsque l’on tient quelque chose de si fort, un lien si intime, on a du mal à la partager. Plus qu’un attachement, c’est une dépendance qui s’évapore.

Je crois que je ne pourrais jamais assez remercier Thomas Bücker le père de cette œuvre infinie, et pourtant il avait déjà mis la barre là-haut, dans les étoiles, loin dans le firmament avec son album sortie en 2008 sous Lidar puis en 2010 sous Denovali. Un album qu'il a choisi de le publier sous un pseudonyme trompeur : Bersarin Quartett (qui n’est pourtant que le fruit (mais quel fruit !) d’un seul homme (mais après tout, quel importance ?). Comment alors imaginer faire mieux avec si peu, comment créer autant d’émotion avec une machine car ici tout est question d’électronique et de plugins. C’était en avril dernier que sortait le sobrement intitulé II sorti sur Denovali, alors pourquoi le chroniquer en octobre alors que doucement le soleil, au loin, décline tandis qu’apparaît sa progéniture d’une blancheur immaculé? Par paresse sans doute, puisque ce titan a déjà été chroniqué par nombre de blogs (ce dont je suis ravi), mais je crois surtout par égoïsme, afin de garder précieusement en moi LE SECRET unique et volatile que renferme cette si petite chose de 11cm (ou 12 pouces si vous optez pour le vinyle). Ambiante, Jazz, Post Rock, Industrielle, Néoclassique, Orchestrale, aucun qualificatifs ne pourraient cependant définir cette œuvre, elle appartient à tous les genres et aucun à la fois. Un hybride contenant le néant tout entier. Cinématique, serait le terme qui lui conviendrait le mieux mais le mot est bien trop faible.

 

Niemals Zuruck ou point de non-retour, voilà qui qualifie si bien le début de cet album car franchir la 1ère seconde de ce morceau s’est se condamner à changer, à évoluer contre notre gré. Un bruit sourd, provenant des ténèbres les plus anciennes,  déracine nos derniers espoirs nos derniers chagrin et les plaques brutalement devant nous, sur nous, en nous… Les cordes orchestrales comme figés, la douceur des bois, l’écho si puissant et nous voilà, moins que rien que nous sommes, nu devant l’échéance fatale. Une impression de déjà-vu émane de cette musique, comme si une certaine créature supérieure nous avait fait naître avec elle, vivre avec elle et enfin mourir avec elle, comme si nous venons enfin de comprendre qu’ici se trouve l’achèvement de toute chose, la convergence de tous les temps et de tous les espaces qui viennent de nous retrouver enfin…  Une musique (si on peut encore l’appeler comme cela) touché par la grâce grâce aux vagues ambiantes lors de Zum Greifen Nah ou sur Perlen, Honig oder Untergang, identique au souffle des anges. Un côté grandiloquent, peut-être, mais quel mal y a-t-il à cela ? Quand on atteint le degré de production de Brücker on parle de grandeur et non de décadence. Dans Einsame Wandeln Still im Sternensaal ou Der Mond, der Schnee und Du ressort une espèce de froideur sidérale mais loin d’être hostile: une moiteur d’argent. Les glitchs glacés sur ce dernier morceaux perforent nos dernières défenses, neurones et  synapses abdiquent et sombrent dans l’oubli. L’habileté incroyable du producteur est aussi dans l’agencement de cet album, de nous emmener toujours là où nous étions jamais allé avec des ambiances plus industrielles et donc encore plus froide que précédemment. Alors nous voguons une fois de plus à la dérive, à la découverte de l’inconnu en train d’assister à un spectacle dramatique d’une poésie inimaginable. En effet, II est aussi une histoire où la romance, la souffrance, le drame s’entremêlent tout au long de l’écoute, tandis qu’au loin la lumière de l’espérance veille à nous laisser émerger. Son meilleur exemple serait Keine Angst pause salvatrice et réconfortante après un Rot und Schwarz où même la noirceur pâlirait de terreur devant lui. Mais nous n’avons désormais plus peur, les amants se sont retrouvés après maintes angoisses, pendant que nous dérivons inlassablement mais, désormais, avec l’assurance que tout ira pour le mieux. La fin se profile à l’horizon, le dénouement est encore plus terrible que le commencement, comment retourner à la vie réelle après cela, comment penser au futur alors qu’il nous semble que notre destinée vient juste de s’accomplir sous nos yeux ?

 

Nul doute que II est l’un, non, LE meilleur album que j’ai pu écouter: Bersarin Quartett évolue vers des confins qui me semblaient alors inatteignable et libère notre imagination trop longtemps noyé dans la masse. Une maîtrise inégalable des instruments, des plugins surtout, mais aussi des ambiances et de la trame de fond car II est avant tout un conte écrit pour tous. Je laisse le soin à Théophile Gautier d’achever cette chronique :

 

Le pin des Landes

 

On ne voit en passant par les Landes désertes,

Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,

Surgir de l'herbe sèche et des flaques d'eaux vertes

D'autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc ;

 

Car, pour lui dérober ses larmes de résine,

L'homme, avare bourreau de la création,

Qui ne vit qu'aux dépens de ce qu'il assassine,

Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon !

 

Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,

Le pin verse son baume et sa sève qui bout,

Et se tient toujours droit sur le bord de la route,

Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

 

Le poète est ainsi dans les Landes du monde ;

Lorsqu'il est sans blessure, il garde son trésor.

Il faut qu'il ait au cœur une entaille profonde

Pour épancher ses vers, divines larmes d'or !

 

Théophile Gautier

Que dire de plus ?

 

Raphaël Lenoir

 

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 21:53

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Label: Bedroom Community

Date de sortie: Septembre 2012

Genre: Post-classical / Expérimental

 

La rentrée des classes ainsi que le début de l’automne et sa pluie maussade provoquent en moi un spleen qui s’amoncèle chaque année, semblable à une couche de poussière invisible me recouvrant inlassablement , et paradoxalement, presque agréablement. Me voilà blotti dans ma bulle pour le reste de l’année en attendant le retour du soleil libérateur. Tandis que l’œil se trouble, l’oreille n’est jamais mis autant à contribution que maintenant :  pour venir me rejoindre dans cet univers de délices acerbes, vous lecteur, n’avez simplement qu’a écouter le récent album de Valgeir Sigurðsson : Architecture of Loss qui déclenchera alors en vous un état d’apathie identique au mien.

Islande, terre jadis dirigé par la nature ; la mondialisation et le « progrès » n’ont cependant pas pu l’épargner, dévastant une bonne partie du paysage. Aujourd’hui elle n’est plus que l’ombre d’elle-même même si la beauté de certain lieux restera (je l’espère) à jamais immaculé. Le compositeur islandais s’est largement inspiré de ce thème à travers ces précédents albums comme Draumalandið, sorti en 2010 sur Bedroom Community tout comme ce dernier opus d’une profondeur glaciale. C’est aussi quelques semaines après la sortie d’Outliers, Vol. I: Iceland, œuvre marquante, faisant l’apologie de la pureté des paysages islandais et appuyé par des maestro de l’ambiant comme Eskmo, Sakamoto,ou encore Loscil ; que sort Architecture of Loss, monument dédié à l’ancienne gloire nordique et sa récente déchéance. J’appuyais alors sur naïvement sur play, ne sachant alors en rien, de ce qui allait se passer.

 

Guard Down ouvre l’album avec un black noise, des plus glaçant, très lisse, presque mystique. Les crins du violon entrent progressivement dans la pièce, mais leur cri est encore chevrotant, participant à une ambiance très glauque et expérimentale, digne des plus grands. Je ne peux alors à ce moment m’empêcher déjà de comparer ce morceau à celui de Vieo Abuingo : The Still and Sour Before the Storm, ouvrant lui aussi le magistral  Thunder May Have Ruined the Moment . Je m’égare peut-être, mais toujours est-il qu’ Architecture of Loss  possède bien des points commun avec ce dernier. Vient ensuite The Clumbring où la musique semble alors s’effondrer devant nos yeux ébahis et impuissants. Valgeir Sigurðsson est loin d’être un amateur dans la composition, après toute ces années de production dans l’ombre de Bjork ou de Feist n’auront pas été vaines : l’écriture néo- voire postclassique est infaillible, la richesse des paysages sonore l’est encore plus : le piano manié par Nico Muhly déroule ces notes frêles tandis que Nadia Sirota, violoniste du groupe, pousse le lyrisme à son paroxysme ; nous voici déjà plongé dans un abîme incommensurable de mélancolie. L’horizon grisaillé laisse par la suite entrevoir un paysage de plus en plus mutant, dès Between Monuments  l’influence électronique se fait de plus en plus sentir à travers des fields recordings, des glitchs tumultueux et des affluences « noise » qui participent à créer un parcours expérimental, pas forcément harassant, mais tout du moins tortueux. Big Reveal ainsi que Reverse Erased font parties des nombreuses perles que contient cet album.

 

Architecture of Loss n’est donc pas un album simple à déchiffrer, et c’est sans doute ce qui fait de lui une des meilleurs sortie du genre cette année. La fusion entre instruments classiques et numériques est dans cette œuvre totalement abouti dans la mesure où l’un parvient à compléter l’autre sans l’estomper. Une escapade qui peut s’avérer sinueuse mais qui vaut assurément le détour.

 

 

Raphaël Lenoir

 

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 15:01

 

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 Label: Hibernate Recordings

Date de sortie: Mai 2012

Genre: Expériemental / Field Recordings

 

Il fait aujourd’hui figure de vétéran de la scène ambiant, cofondateur du label Boltfish, Will Bolton - plus connu sous le nom de Cheju - préfère cependant faire confiance à Hibernate Records pour faire paraître ses œuvres les plus abstraites comme Time Lapse (sorti en 2010). Mais aujourd’hui nous allons pluôt nous préoccuper de son dernier long format en date : « Under A Name That Hides Her », pressé il y a quelques jours et en seulement 200 exemplaires physiques (encore disponible ici). Pour la petite anecdote ce titre fait référence à  une citation du philosophe français Maurice Blanchot dans « L’espace littéraire » faisant mention au mythe du poète et musicien Orpheus et de sa mystérieuse compagne Eurydice.  Le producteur est prolifique en ce début d’année et ne se soucie pas d’une quelconque démarche commerciale, ce qui est assez appréciable pour l’auditeur.

 

Je préfère cependant vous prévenir tout de suite ce long format n’est pas fait pour toute les oreilles qui sont malheureusement de moins en moins apte à écouter et surtout à comprendre la profondeur d'une telle œuvre, car on atteint ici le sommet de l’abstraction et du minimalisme avec « uniquement » une guitare électrique pour instrument et un laptop.  Will Bolton est un de ces producteurs qui prennent le temps de s’assoir et d’écouter avant de composer, un de ces producteurs qui ont la faculté de pouvoir capter la nostalgie des lieux qui les entoure et de la transcrire avec une justesse désarmante. Tout semble si naturel dans ces morceaux et cela est en grande partie dû à la qualité sonore irréprochable de la guitare dont les harmonies s’entremêlent sublimement avec les field recordings et forment ainsi la quintessence de la musique de Bolton. Ce véritable orfèvre nous dépeint pendant plus de trois quart d’heures des natures mortes d’une extrême poésie, les notes fragiles ainsi que les nappes de bruits ambiants donnent une sensibilité incomparable aux différents morceaux qui composent cet album et forment un tout unique et tellement mélancolique…  Notre imagination s’égare alors tantôt aux abords d’une rivière, tantôt auprès d’une gare désaffectée,  tantôt sur le versant d’une colline surplombé d’un château ravagé par les affres du temps…

 

Avec Under A Name That Hides Her, Will Bolton continue à suivre son chemin tortueux constitué d’expérimentations, l’utilisation de field recordings n’a jamais eu autant de sens que dans cette œuvre : le liverpuldien à un véritable don pour retranscrire ses sensations à travers sa musique. C’est certainement une œuvre rare, abstruse peut-être, mais qui mérite qu’on s’y attache ; la vérité finira par éclater dans vos oreilles ébahie : Will Bolton est un véritable génie !

 

Raphaël Lenoir

 

 

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 15:35

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Label: Erased Tapes

Date de sortie: Avril 2012

Genre: Modern Classical

 

 

Malgré leurs origines différentes (un allemand et un islandais) Nils Frahm et Ólafur Arnalds cumulent les points communs: ils sont pianistes de formation et ont choisi la scène néoclassique pour mieux s'exprimer. Ils ont aussi un penchant certain pour les instruments électroniques, ont sortis chacun une poignée d'albums et d'EP depuis 2005, et sont aujourd'hui la figure de proue du label Erased Tapes. Beaucoup de similitudes qui préfiguraient une collaboration qui s'annonçait grandiose pour nous auditeur mais aussi pour le monde de la musique en général.

Il manquait encore l'occasion qui permettrai aux 2 maîtres du néoclassique d'unir leurs efforts dans un projet commun, cette opportunité arriva finalement lorsqu'il fallut souffler les 5 bougies du label qui demanda expressément aux 2 artistes un court format en guise de cadeaux d’anniversaire. Un mgnifique présent car Stare s'avère être l'œuvre ambiante la plus aboutie que j'ai pu écouter jusqu'à ce jour.

 

J'aurais aimé pour cela que ma chronique soit identique à ce court format tout simplement génial.

J'aurais aimé que sa lecture prenne tout autant de temps que l'écoute de Stare.

J'aurais aimé que mon écriture soit aussi fluide que la production du duo.

J'aurais aimé que le temps s'efface et laisse place au son, tout comme pour cet album.

J'aurais aimé que mon style soit aussi cristallin, aussi précis que les nappes mélodieuse qui composent ce tableau musical.

J'aurais aimé pouvoir recréer cette ambiance nocturne, céleste, onirique et tout simplement unique lors de la lecture de cette page.

J'aurais aimé qu'une lettre et un chiffre puisse décrire ma chronique, j'aurais aimé l'appeler b1, tout comme le morceau le plus épique, le plus long aussi mais surtout le plus immersif, ou la percussion solennelle rend échos pendant près de dix minute à l'alto juste magnifique. 

J'aurais aimé que cette chronique puisse vous faire courber l'échine tout comme Stare l'a fait.

J'aurais aimé pouvoir utiliser un autre langage que les mots pour vous décrire ce monument car les mots ici ne me suffisent plus, ils n'arrivent pas à rendre à sa juste valeur l'étendue colossale de l'impact de cette œuvre dans notre esprit.

J'aurais aimé pouvoir moi-même être le premier à toucher à la perfection mais Nils Frahm et Ólafur Arnalds m'ont devancé.

J'aurais enfin aimé que vous, lecteur, puissiez être marqué à vie par ce papier électronique à l'instar de ce géant du néoclassique où chaque seconde s’inscrira durablement dans votre subconscient.

 

Mais cette chronique n'est finalement que ce qu'elle est: une pure et simple incitation à l'écoute de l'une des œuvres musicales des plus belles de tous les temps. J'ai failli à ma tâche : j’aurais non seulement perdu ma crédibilité de chroniqueur en oubliant mon objectivité mais aussi j'ai la certitude qu'aucune de ces lignes ne pourra ressembler à ce court format encore plus grandiose qu'on aurait pu l'imaginer. Quel gâchis!

 

Raphaël Lenoir

 

Beatport

 

Petit bonus avec une improvisation incroyable de Nils et Olafur. Bonne écoute! 

 


 
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